Un aller-retour Paris-Marseille en avion, c'est à peu près 250 kg de CO₂e par personne. Le même trajet en TGV, une vingtaine de kilos tout au plus. Et pourtant, chaque été, je vois des collègues qui partent en avion "parce que le train coûte trop cher" sans avoir comparé une seule fois le prix réel, bagage compris, correspondance comprise.
Je ne vais pas vous faire croire que le train est toujours la solution. J'ai fait un Paris-Barcelone en train l'été dernier, avec deux changements et une arrivée à 23 h passées. C'était long. C'était aussi formidable. J'ai aussi raté une correspondance à Lyon et j'ai dormi dans une gare. Bref, l'expérience existe, avec ses hauts et ses bas.
Ce que je veux vous raconter ici, c'est comment j'ai réorganisé mes vacances pour prendre le train plus souvent, ce que ça change concrètement pour l'empreinte carbone, et surtout ce que personne ne vous dit sur les limites de l'exercice.
Points clés à retenir
- Le train longue distance émet en moyenne vingt fois moins qu'un vol intérieur comparable, mais l'écart se réduit si vous prenez l'avion sur de très longs trajets.
- Calculer son empreinte carbone de vacances sert surtout à voir où on peut gratter : transport d'abord, hébergement ensuite, repas loin derrière.
- Le "dernier kilomètre" (gare → hébergement) est souvent le point noir d'un séjour sans voiture : prévoyez le rabattement avant de réserver.
- Prendre le train ne signifie pas renoncer aux vacances lointaines ; cela signifie souvent changer la destination autant que le mode de transport.
- Les billets de train de nuit et les petites lignes TER sont deux angles morts des guides "voyage écolo", alors qu'ils sont décisifs quand on n'a pas de voiture.
Pourquoi le train change réellement votre empreinte carbone de vacances
Quand on parle d'empreinte carbone des vacances, il y a un réflexe naturel à vouloir optimiser ses repas, son hébergement, ses activités. C'est louable. C'est aussi presque secondaire.
Les transports pèsent environ 70 % de l'empreinte carbone d'un séjour touristique en France, d'après les ordres de grandeur qu'on retrouve dans toutes les études sectorielles. Le logement tourne autour de 15 à 20 %, les repas et les activités se partagent le reste. Autrement dit : passer d'un régime carnivore à un régime végétarien pendant une semaine économise peut-être 20 kg de CO₂e. Prendre le train plutôt que l'avion sur un aller-retour Paris-Nice en économise plus de 200. Le calcul est vite fait.
Le poids du transport dans un séjour
Un exemple concret, sur un séjour que j'ai fait l'an dernier : une semaine à Marseille en août, pour deux personnes.
- Aller-retour en avion pour deux : environ 500 kg de CO₂e
- Aller-retour en TGV pour deux : environ 40 kg de CO₂e
- Logement (un appartement loué, électricité comprise) : ~30 kg
- Repas sur la semaine, mixte : ~50 kg
Le transport aérien représente à lui seul plus de 80 % de l'empreinte totale du séjour. Voilà pourquoi remplacer l'avion par le train est de loin le levier le plus efficace — et de très loin.
Ce que le train ne résout pas (et il faut le dire)
Le train ne rend pas un séjour neutre. Il ne fait que supprimer la part la plus lourde. Si vous prenez le train pour rejoindre un endroit où vous louez une voiture pendant huit jours, vous avez en partie annulé le bénéfice. Une voiture de location sur une semaine à Marseille, c'est facilement 60 à 100 kg selon les déplacements. Ça reste mieux que l'avion, mais la marge se réduit.
La vraie bascule, c'est quand le train s'accompagne d'un séjour sans voiture. Et c'est là qu'intervient toute la logistique dont on ne parle jamais.
Quel est le moyen de transport le moins polluant ?
Sur un trajet interurbain en France, le train est le mode le moins émetteur, devant le car, puis le covoiturage et la voiture partagée, puis la voiture solo, puis l'avion. Ce classement tient pour la grande majorité des trajets intérieurs — mais il n'est pas absolu, et c'est important de le nuancer.
Comparatif chiffré : train, bus, voiture, avion
Les ordres de grandeur ci-dessous sont donnés par passager·e et par kilomètre parcouru, sur des trajets longue distance. Ce sont des moyennes : un TGV plein et un TER presque vide n'ont pas le même profil, et un vol intérieur très court a une empreinte au passager bien plus élevée qu'un long-courrier.
| Mode de transport | Empreinte approximative (par passager·e, par km) | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| TGV en France | Très faible (quelques grammes de CO₂e) | Le meilleur choix sur un trajet intérieur direct |
| Autocar longue distance | Faible (légèrement au-dessus du train) | Compétitif en prix, plus lent sur les longues distances |
| Covoiturage / voiture partagée | Modéré | Dépend du taux de remplissage |
| Voiture thermique solo | Élevé | Le pire des modes terrestres |
| Avion intérieur | Très élevé | Le plus émetteur, et de loin, sur un trajet court |
Ce tableau est volontairement grossier : refaire les calculs au gramme près n'aurait pas de sens, parce que les écarts réels dépendent de la distance, du remplissage, du type de matériel. Ce qui compte, c'est l'ordre de grandeur. Et l'ordre de grandeur est clair : sur un trajet intérieur, le train est imbattable.
Qui pollue le plus entre l'avion et le train ?
Sur un même trajet, l'avion émet en général vingt à cinquante fois plus qu'un TGV, selon les distances. Pour un Paris-Marseille, l'écart est même encore plus marqué, parce que le TGV y est très rapide et très rempli, et que le vol est court (donc énergivore par passager, paradoxalement — décollage et montée en altitude pèsent proportionnellement plus).
Sur un Paris-Montpellier, un Paris-Bordeaux, un Lyon-Nantes, la question ne se pose même pas : le train est écrasant. Sur un Paris-Berlin ou un Paris-Madrid, l'écart existe toujours mais il faut ajouter le facteur temps — le train fait le trajet en 8 h à 12 h, ce qui suppose d'accepter une nuit dans le train ou une journée de trajet. C'est un arbitrage personnel, pas un calcul neutre.
Est-ce que le train est écologique ?
Oui, sur quasiment tous les trajets intérieurs en France. Non, dans certaines configurations — et il faut le dire pour être honnête.
Quand le train est vraiment écologique
- Sur un TGV, avec un taux de remplissage correct, la consommation par passager est faible parce que le train roule à l'électricité (majoritairement bas carbone en France), et parce qu'il transporte beaucoup de monde d'un coup.
- Sur un train de nuit, l'empreinte par passager·e augmente un peu (le train consomme de l'énergie toute la nuit, souvent avec moins de voyageurs), mais reste largement inférieure à un vol équivalent, tout en supprimant une nuit d'hôtel dans le bilan.
- Sur les lignes TER avec peu de passagers, en revanche, l'empreinte par personne grimpe vite. Un TER presque vide n'est pas beaucoup mieux qu'une voiture bien remplie.
Autrement dit : le train est écologique quand il est plein, électrifié, et qu'il remplace un trajet long. Ces conditions sont la plupart du temps réunies en France — mais elles sont plus fragiles sur les petites lignes et les liaisons excentrées.
Le véritable angle mort : le dernier kilomètre
Voilà le point que je n'ai jamais vu traité sérieusement dans les guides de voyage écolo. Vous arrivez à la gare. Vous avez un sac, peut-être deux. Le logement est à 6 km du centre. Vous êtes en août, il fait 34 °C. Vous faites quoi ?
Dans 80 % des cas, les gens prennent un VTC. Un VTC de gare à logement, c'est 5 à 15 km, soit 1 à 3 kg de CO₂e par trajet. Sur une semaine, ça peut représenter 15 kg — négligeable face aux 200 kg économisés en évitant l'avion, mais pas nul. Surtout, si vous reprenez un VTC à chaque déplacement, la facture environnementale grimpe.
Ce que j'ai fini par faire systématiquement, et que je recommande : choisir un hébergement à moins de 2 km d'une gare ou d'une station de bus/métro/tram. Ça a l'air anodin. En pratique, ça change tout : vous n'avez plus besoin de voiture, vous marchez, vous prenez les transports locaux, et votre séjour devient réellement sans voiture. J'ai testé les deux formules (logement en centre-ville vs logement excentré) et l'écart sur une semaine est saisissant.
Comment faire pour diminuer son empreinte carbone en vacances ?
La réponse tient en une phrase : réduire le transport aérien, puis réduire les trajets longue distance tout court, puis optimiser le reste. Ce n'est pas sexy, ce n'est pas original, mais c'est ce qui fonctionne.
Voici les actions que j'ai fini par adopter, classées par efficacité réelle (pas par confort perçu) :
Les leviers qui comptent vraiment
- Remplacer au moins un aller-retour avion par an par un trajet en train. C'est le geste le plus impactant, et de loin. Un seul vol intérieur évité = plusieurs centaines de kilos de CO₂e en moins.
- Choisir la destination en fonction de la desserte ferroviaire, pas l'inverse. C'est un renversement de logique : au lieu de choisir une destination puis de chercher comment y aller, on regarde les lignes de train et on choisit une destination desservie.
- Privilégier le train de nuit pour les longues distances : il remplace à la fois le vol et une nuit d'hébergement. Sur un Paris-Toulouse ou un Paris-Nice, c'est même très compétitif en temps utile.
- Éviter les séjours avec voiture de location. Si vous en avez besoin pour une excursion, louez pour une journée, pas pour la semaine.
- Réserver tôt. Ce n'est pas un geste écologique en soi, mais c'est ce qui rend le train économiquement viable, et donc réellement praticable.
Les autres gestes (repas végétariens, hébergement économe en énergie, activités sans équipement motorisé) existent, mais leur poids est secondaire. Les mettre en avant avant le transport, c'est une forme d'écoblanchiment personnel. Je l'ai fait moi-même au début : je triais mes déchets en vacances tout en prenant l'avion. Le ratio effort/impact était risible.
Calculer son empreinte pour de vrai (et non pour se rassurer)
Un calcul utile, c'est un calcul qui porte sur les postes lourds. Si vous calculez votre empreinte carbone de vacances et que le résultat vous montre que le transport représente 80 % de l'ensemble, vous savez immédiatement où agir. Si le calcul vous montre 50 kg au total, vous avez un problème de méthode : vous avez probablement oublié le trajet principal.
Je le dis parce que c'est une erreur que j'ai faite pendant deux ans : je calculais mon empreinte "vie quotidienne" et j'oubliais les vacances, comme si elles n'existaient pas. Une fois remises dans le bilan, elles pesaient 25 à 30 % de mon empreinte annuelle. Le transport, encore.
Partir en vacances en train : les contraintes à voir en face
Le train n'est pas magique. Il a des limites concrètes, et les ignorer conduit à des séjours ratés qu'on n'a plus envie de reproduire.
- Le prix. Un TGV réservé trois mois à l'avance peut être moins cher qu'un vol réservé à la même période. Réservé la veille, il peut être trois fois plus cher. La flexibilité de l'avion est justement ce qui rend le train injuste pour qui ne peut pas planifier.
- La desserte. Certaines régions françaises sont mal reliées. Un séjour dans le Cantal ou dans les Alpes sans voiture suppose d'accepter des correspondances en car, parfois lentes.
- Les bagages. Un train, ce n'est pas un coffre de voiture. Deux valises + un sac de rando, ça passe. Trois valises et une poussette, ça devient sportif.
- Le temps. Un Paris-Barcelone en train, c'est 7 h minimum. En avion, 2 h porte à porte. Arbitrage, pas supériorité morale.
Je ne vais pas prétendre que j'ai tout résolu. J'ai renoncé à certains séjours à cause de ça. J'ai aussi découvert des coins de France que je n'aurais jamais visités autrement — un été dans le Jura, un week-end dans le Cantal, un séjour à vélo le long de la Loire — précisément parce que je cherchais des destinations accessibles en train.
Le point qui reste, et sur lequel je ne bougerai pas : sur un trajet intérieur, réserver un vol quand un TGV existe, c'est choisir l'option la plus émettrice par confort personnel. C'est un choix qu'on peut assumer. Ce n'est pas un choix qu'on peut présenter comme écolo.
Ce que je retiens après plusieurs années de vacances en train
Je n'ai pas arrêté l'avion. J'ai arrêté de le prendre par défaut. C'est la seule phrase qui résume vraiment ce que ces années de bascule m'ont appris : il ne s'agit pas d'être parfait, il s'agit de ne plus prendre l'avion pour un Paris-Marseille par automatisme.
Et puis il y a un détail qui ne se calcule pas. Le trajet en train, on le vit. On voit les paysages défiler, on lit, on dort, on discute avec la voisine de carré. Le trajet en avion, on le subit : aéroport, contrôle, attente, bus, taxi. Je ne dis pas que c'est un argument écologique. Je dis que c'est un argument tout court.
La prochaine fois que vous hésitez entre un vol à 80 € et un TGV à 110 €, posez-vous une seule question : quelle part de mon séjour est-ce que je suis en train de réserver ? Si la réponse est "l'essentiel", la question du prix mérite d'être reconsidérée. Pas parce qu'il faut être irréprochable. Parce que le train, quand il est possible, reste de très loin le meilleur levier pour diviser l'empreinte carbone de vos vacances.